Bonheur conjugal
juin 9, 2007 par phuong57
Je sors du club-house en me dépêchant, je jette mon sac de tennis sur la banquette arrière et je me mets au volant. Un coup d’oeil à ma montre: ça va, je ne suis pas trop en retard. 6/4, 6/2 pour le match d’aujourd’hui, je suis content de moi, surtout que mon partenaire est un type assez hargneux au jeu. Bon. C’était pas son jour aujourd’hui.On a réservé un court pour dimanche, et là j’aurai intérêt à bien jouer car il n’aime pas perdre deux fois de suite, et il va s’accrocher, je le sens.
En attendant, je savoure ma victoire et je rentre vite, car nous recevons ce soir: les Richards, les Deschamps, et Madeleine Vermeulen la copine de ma femme qui vient de divorcer ( divorce difficile, pour le mari surtout, qui y a laissé pas mal de plumes question pension alimentaire) et que ma femme tient absolument à soutenir et à consoler. Car Ariette, mon épouse, est une femme au grand coeur: en dehors de soutenir les amis en difficultés, elle est membre de plusieurs associations caritatives locales,elle fait partie des lecteurs bénévoles au CHR (ils vont à l’hôpital proposer des livres ou faire de la lecture aux malades),et elle fait des dons réguliers à Médecins du Monde et Handicap International. Ce sont ses ONG préférés. Elle est une mère aimante pour nos deux enfants, une maîtresse de maison parfaite, bonne cuisinière de surcroît.
J’adore ma femme. Je l’adore, même si à 45 ans, elle commence à s’empâter un peu trop, à mon goût, et qu’elle a tendance à s’habiller…comment dirais-je?…un peu stricte. Bien sûr, vêtements de marque, toujours impeccables, car ma femme est très soucieuse des apparences, mais, tout de même, un peu de fantaisie, un clin d’oeil sexy de temps en temps, çà ne fait pas de mal. Tenez, prenez Marion Deschamps. Elle a le même âge que ma femme, à peu près, mais elle a un corps de jeune fille, elle fait du sport,et elle tient à rester jeune. Elle joue d’ailleurs très bien au tennis, et il m’arrive d’échanger des balles avec elle. Et alors quel plaisir de la voir virevolter avec sa jupette qui se soulève découvrant des jambes bien galbées, bronzées, alertes…Et puis, en ville Marion n’a aucune honte à s’habiller jeune et sans complexe: jeans près du corps, jupes courtes sur talons très hauts, tee shirts décolletés. On lui donnerait facilement dix ans de moins. Bon, j’arrête de parler de Marion Deschamps, c’est la femme d’un ami, on s’invite souvent, on sort ensemble au concert, l’année dernière on est parti une semaine au ski avec les enfants, on s’apprécie beaucoup, il ne faut pas qu’il y ait d’ambiguité entre nous.
Quant à Marlène Richard…Jean a divorcé une fois, il s’est remarié avec une femme de vingt ans plus jeune que lui. Les mauvaises langues disent qu’il la voyait déjà avant son divorce, mais celà ne nous regarde pas. . Il faut dire que Jean et moi sommes associés et qu’on a tout intérêt à bien nous entendre, et donc sa vie privée , c’est sa vie privée. Je garde mes opinions là- dessus pour moi-même.Marlène est très séduisante. Elle se maquille, s’habille et bouge comme un top model. On ne peut pas s’empêcher de la regarder, et elle fait tout pour çà: elle ne marche pas, elle ondule des hanches; elle ne parle pas, elle vous sussure des mots qui sortent d’une bouche humide entr’ouverte sur des dents comme des perles; elle ne s’habille pas, elle se drape de choses invraisemblables qui laissent toujours voir une cuisse, un bas de dos, une épaule…Quand çà lui arrive de passer voir Jean au bureau, un silence plane sur tout l’office, un silence chargé de sensualité gênée. J’avoue secrètement qu’elle est excitante, mais c’est juste une pensée. La réalité est que je la trouve aguicheuse et un peu légère. Jean a intérêt à faire gaffe.
Une fois rentrée la voiture au garage, je sens déjà les bonnes odeurs de cuisine en montant l’escalier de service. Arlette est en train de donner les dernières touches au dîner de ce soir. Je pose un baiser sur son front, elle m’en rend un sur la joue en me pressant d’aller prendre ma douche et me préparer.Ce que je fais. Sur le lit, mes habits du soir sont étalés,je n’ai plus qu’à les mettre. Arlette me facilite vraiment la vie.Elle est formidable.
La soirée se passe de façon parfaite. Les invités se connaissent bien, les discussions ronronnent autour des enfants, leurs orientations scolaires, leurs loisirs. Les hommes s’essaient à des analyses politiques, évoquent le chantier de la déviation de la voie rapide à l’est de l’agglomération. On s’ennuie légèrement tout en étant content d’être dans un cercle amical et rassurant.Le repas est comme toujours excellent; Ariette, en bonne maîtresse de maison ,fait le service en toute discrétion,faisant succéder les plats, relançant la conversation, exhortant l’un ou l’autre à se resservir La surprise vient de Madeleine, à qui le divorce semble réussir. Elle paraît plus affirmée, participe davantage aux discussions, exprime plus son opinion personnel.le Elle a changé de coiffure, elle porte une robe d’été toute simple, mais très échancrée, mettant en valeur sa belle poitrine bronzée, qu’elle souligne d’un pendentif en forme de goutte qui tombe juste dans l’échancrure. Etant placé à côté d’elle, je sens de temps à autre la légère odeur de son corps et j’ai des frissons délicieux en entrevoyant ses jambes fuselées sous le tissu de sa robe. Pas mal, pas mal du tout. Incroyable que j’ai pu la côtoyer pendant des années sans jamais soupçonner qu’elle puisse être aussi attirante.
Après le repas, nous repassons au salon pour le café, ensuite les femmes vont dans l’atelier d’Ariette pour voir ses dernières réalisations à son cours de patchworks. Je sors le coffret de cigares que j’ai ramené de mon dernier voyage à Cuba, et les hommes, s’installent sur la terrasse pour fumer en regardant les lumières de la ville. La maison, située sur la colline, offre une vue presque aérienne de l’agglomération.Quelques grillons se vont entendre, et un léger vent nous apporte parfois des échos de la circulation des routes d’en bas. On est bien.
Plus tard, quand tous les invités sont partis et qu’Ariette et moi nous sommes allongés côte à côte en terminant nos commentaires anodins sur la soirée, j’ai la vision furtive de soirées semblables se répétant de mois en mois, d’années en années, avec les mêmes amis ou d’autres à peu près identiques, et nous deux, faisant les mêmes gestes et ayant les mêmes pensées…Mais la fatigue me gagne; j’éteins et me tourne vers Ariette, j’enfouis mon visage dans son cou et je m’assoupis en respirant son odeur familière tellement rassurante. J’adore ma femme.
au fait, les scores de tenis, c’est plutôt en 2 sets gagnants???sinon, on est chez les pros…
bise
hihi
La mère au foyer s’appelle Ariette au début… mais tu peux corriger Mum.
Alors tu trouves pas ça exceptionnellement riche de se mettre à écrire ?!!! Ton terme “Histoires courtes” ne m’étonne pas de toi, toi qui es si friande des “Short stories” anglaises… Et y aurait-il un peu de papa et maman dans cette histoire ?
Bisous
tonfils