Viet.56 ans.1m55. Cheveux courts, au carré, teints en noir dans le but désespéré de retrouver la couleur des jeunes années où elle les portait longs, jusqu’au milieu du dos. Peau brune certes, mais terne en hiver, ne retrouvant sa vraie couleur que sous le soleil, pendant les quelques jours de ski, et l’été, bien sûr. Pour l’heure donc, teinte blafarde, si on veut. Sourcils noirs, comme décrit dans son passeport, bien fournis, ayant été une seule fois redessinés par une esthéticienne, opération jamais renouvelée, trop de perte de temps. Poches sous les yeux, plus accentuées à gauche, plus accentuées surtout quand elle a des soucis. Nez épaté, soutenant mal les lunettes, qu’elle doit souvent remonter d’un geste devenu un tic. Bouche sans intérêt, légèrement tombante au repos, lui donnant un air triste quand elle ne sourit pas. Joues aussi légèrement tombantes, normales pour l’âge. Pas trop de rides, par contre.
Mélange subtil de sa mère et de son père, maintenant qu’elle se regarde de près. C’est curieux de voir que nos parents survivent à travers nous, dans nos traits et nos expressions, commme s’ils s’invitaient en guest-stars dans notre vie, après leur disparition. C’est peut-être çà, tout simplement, la métempsychose. L’autre jour elle a retrouvé des vieux souvenirs de séances de méditation, en lisant un livre d’un moine tibétain. Se concentrer sur un bol d’eau placé devant ellle, essayer de ne penser à rien d’autre. Bien entendu elle a pensé à bien d’autres choses, son esprit vagabondant d’une pensée à l’autre, comme toute jeune enfant. Mais ces exercices ont marqué son esprit profondément, et continuent à guider son attitude face au monde. Du moins c’est ce qu’elle croit.
Revenons au miroir. Yeux bruns, myopes depuis l’adolescence, et presbytes ces dernières années. Pour l’heure, regard neutre, n’exprimant rien. Elle tente un sourire: le visage semble s’allumer. Des rides se forment au coin de l’oeil. En semaine, elle se maquille, sans méthode, en mettant des couleurs sur les paupières, un trait de noir le long des yeux, du blush sur les joues, et un rouge à lèvres. Le résultat ne lui satisfait jamais, mais elle se sent plus pimpante et plus courageuse pour affronter sa journée.
Mais ce regard, ce regard…Elle n’arrive pas à l’accrocher. Derrière les yeux ouverts, un rideau se ferme, rien ne transparaît de ces états d’âme. Est-elle triste? est-elle gaie? Quelles sont ces pensées?
Cette femme, dans le miroir, qui me regarde la regarder, qui est-elle?
Moi, cette inconnue.
Humhum…
Je n’ai jamais su si cela venait des Coulot ou des Nguyen. Ce manque d’expressivité, ce mutisme, cette timidité, cette humilité, ce laconisme. Il parait que c’est typique des vietnamiens. Enfin des asiatiques. Tout ça donne effectivement un air un peu triste, au repos. Un peu comme un clown triste. Drôle et vivant, le reste du temps…
Par ailleurs elle est le portrait craché de son frère, mais en femme. Et de sa mère, en réalité. De son père je n’en sais rien, punition infâme : je ne l’ai jamais connu.
Signé le fils de l’inconnue.
Je l’avais raté celui-là, ainsi que celui des migrateurs… ça fout un peu le blues, mais bon, c’est lancinant, et très beau.. elle a raison la fille d’un commentaire, tu écris comme tu peins (ben oui.. dur d’assurer avec une mère si bourrée de tous les talents!), et au fait, Yann Tiersen, c’est avec un s.
Moi aussi,j”ai rejoint la saga des blogs COulot (merci les ponts de mai), je vous en parle très bientôt. une fois qu’il sera plus alimenté et qu’il aura pris une forme plus… formée, à défaut d’un rythme de croisière…