Cinq heures du mat. Temps pluvieux.Je m’extrais péniblement du lit douillet, avale mon café dans un semi coma. La voiture déjà chargée à bloc la veille, je quitte Metz encore endormie et m’engage sur l’autoroute A31. Des giclées de pluie fouettent la voiture latéralement, et m’obligent à une grande vigilance. A cette heure très matinale, j’ai pour compagnons beaucoup de poids lourds qui profitent du peu de circulation pour rouler vite, dépassant parfois leurs congénères dans un effort titanesque. Leur file sur la chaussée de droite forme une chenille géante illuminée par leurs feux de positions et leurs phares.
Rien de plus déprimant que de partir un lundi matin pluvieux, laissant mon mari seul dans la maison qui reste encore la nôtre pour quelques semaines, et dont les pièces s’encombrent progressivement de cartons et de caisses.Je regrette déjà un peu ma décision de ne pas partir la veille au soir pour profiter encore d’une nuit au chaud dans mon univers habituel, car ce matin dans ce froid et ce vent glacé, luttant à grand peine contre le sommeil, je me sens terriblement déprimée et solitaire.Pourtant ce départ est le commencement d’une nouvelle vie que nous avons Do et moi projetée depuis un moment déjà, mais voilà, les choses ne peuvent pas être synchronisées parfaitement et je pars donc un peu avant lui. A l’hôpital du Vinatier, où je vais prendre mon poste dans quelques heures, on m’attend avec impatience. Je calcule mentalement l’heure appproximative de mon arrivée, en principe juste à temps pour la réunion du matin. Avec cette pluie et ce vent, je crains fort de ne pas arriver à l’heure, mais, prudente, je roule à 110, comme c’est rappelé sur les panneaux de l’autoroute.
A mesure que le jour se lève, les voitures deviennent plus nombreuses. Je dépasse Nancy, puis Toul, villes que je connais bien, et qui vont être bientôt qu’un vague souvenir dans ma tête. Je pense à des endroits que j’avais projeté de visiter ou de revoir, la villa Majorelle, le musée de l’Ecole de Nancy, ou encore la cathédrale de Toul, si majestueuse et si pathétiquement délabrée..; péage de Gye. Langres Nord. Je m’arrête à une station service pour prendre un café. Trop de sommeil manquant.. Reprends la route péniblement. Reprends un autre café une heure plus loin, avec comme seul résultat un début de tremblement et le coeur qui cogne plus fort. J’arrête les frais.Fais un brin de toilette, me dégourdis les jambes. Je ne suis pas encore à Dijon, et il pleut toujours par raffales. Envie violente de tout plaquer. De nouveau dans la circulation, avec les essuie-glaces qui s’agitent comme des dératés et la radio qui capte pas.
Langres Sud, pluie violente. Dijon, pluie violente. Macon, les éléments se calment, mais mes paupières sont lourdes et mes esprits s’embrouillent. Nouvel arrêt pour un nième café. La tremblotte se fait sentir. Un coup d’oeil anxieux à la montre: je ne serai jamais à Bron à l’heure. Mais vieux motard que jamais, enfin, mieux vaut tard que jamais.
Péage de Villefranche:il ne pleut plus, c’est déjà çà. Mais il y a du vent. Lyon bientôt. Je trouve le moyen de me tromper de sortie. C’est parti pour une rallonge de quelques dizaines de km.La circulation est très dense. Enfin je vois la pancarte “Hôpitaux Est”, je prends la bretelle; pour me retrouver dans un lacis de sens interdits. Bien. Le Vinatier enfin. Ouf.
Accueil souriant de la secrétaire. Parano, je trouve qu’elle est un peu moqueuse. Elle m’ouvre mon bureau: il y a une belle lampe marquée ” génie au travail” et un pot d’orchidée. Ah, çà c’est M.Terra, dit-elle. M. Terra c’est mon chef.
Bienvenue à Lyon.